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Il y a moins d’un mois encore, tu partais de la maison à sept heures pour y revenir harassé.e par un dur labeur. Tu te réjouissais alors de retrouver ton foyer, ta famille, l’apéro.

Seulement, aujourd’hui tu ne sors plus, tu bois beaucoup trop, pire, vous voilà enchaînés les uns aux autres. Pour le meilleur et pour le pire et sans aucun moyen de vous soustraire à cette étreinte. Matin, midi et soir, ta moitié, tes enfants, ton chien, ton chat, ta belle-mère, un huissier sur le paletot, jusqu’à ce que le déconfinement vous sépare.

Tiendras-tu la distance ?

À tout bout de champ, on vient te demander si tu ne veux pas repeindre la cuisine, préparer un gâteau, déplacer le téléviseur, jouer au Scrabble. Jouer au Scra-b-ble, non mais allôôô quoi ! Et à chaque fois tu dois rappeler que tu n’es pas en vacances, que du travail t’attend, mais cinq minutes plus tard, on vient te demander si c’est possible de transformer le bureau en salle de yoga.

Comme un.e prisonnier.e condamné.e à une longue peine, tu commences à dessiner des croix sur ton calepin mais la situation est plombée : le soleil brille et il dénonce tes vitres sales. Emporté.e par ton ennuyeux élan, tu repasses pour passer le temps, mais tu as fait un pli devant à tous tes jeans.

Beaucoup de choses que nous pensions impossibles adviennent, mais retenons ça. Le jour d’après, quand nous aurons gagné, nous ne reviendrons pas au jour d’avant.

Emmanuel M., Président jupitérien.

Confiné.e mais pas isolé.e, l’œil et l’oreille aux aguets, tu écoutes la radio, tu scrutes l’internet en boucle à la recherche d’évasion. Tu déniches des perles, des pures, en direct de l’huître.

Le sommeil en berne, tu es tombé.e l’autre nuit sur une émission de conseils aux parents avec Dorothée. Oui oui, la Dorothée de Récré A2 ! Une revenante, un highlander. Avec le reste de conscience qu’il te reste, tu te dis qu’il n’y avait pas besoin de la solliciter sur les ondes, qu’il fallait juste donner l’idée aux parents de punaiser sa photo dans le salon, histoire de figer tes mômes de trouille.

Ce matin, c’est une autre revenante qui s’invite pour ton petit-dejeuner : la Véronique du duo Véronique-sans Davina, la « toutouyoutou » fluo des années 80. Pas facile quand on a pas l’image de saisir son talon droit, de passer son genou arrière devant le coude central, et pour ceux qui ont pimenté le truc en le faisant devant leur fenêtre ouverte pour mieux ventiler leur alvéole pulmonaire, j’espère qu’ils ne sont pas tombés dans la cour. Ce n’est pas très malin d’encombrer les urgences en ce moment.

Sur Instagram et compagnie, tu scrutes les célébrités faire le ménage avec du Cif et une Scotch-Brite rouge. Tu t’es même abonné.e à une short-list proposant chaque soir « une sélection de tenues pour applaudir le personnel médical à sa fenêtre à 20h ».

Les dommages collatéraux de l’humour covidé !

Et c’est ainsi chaque matin, le jour se lève et les conneries commencent. Les blagues et parodies tournent en boucle sur Whatsapp. Tu t’es même surpris.e à te les transférer à toi-même. C’est dire l’état gazeux de tes journées.

Si en plus tu joues de malchance et que tu ne fais pas partie de ces milliers de Franciliens qui ont fui la capitale pour des contrées plus vertes, console-toi, elles se révèlent totalement hostiles.

Finalement, tu n’es pas mieux chez toi à te rincer la colline avec une bonne mousse ?

Bière qui roule n’amasse pas mousse